le blogue de Béatrice Vaugrante

Élections de 2015 : emplois, sécurité …et droits humains

Posted in Uncategorized by béatrice vaugrante on 26 janvier 2015

parlementLes droits humains ont souvent été bafoués en 2014, tant au Canada qu’à l’étranger. À l’approche des élections fédérales en 2015, il est grand temps que les choses changent. Nous devons exiger que le gouvernement s’emploie énergiquement à prendre fait et cause dans la défense des droits humains au pays et au plan international.

L’année 2014 a été marquée par la crise syrienne, qui a forcé la moitié du pays à s’exiler et qui continue de faire des ravages, et par les tragédies qui sévissent depuis 2013 en République centrafricaine et au Soudan du Sud qui ne cessent de faire des victimes. Un assaut militaire israélien d’une rare violence sur Gaza a déclenché une escalade de violence dans cette région et le district sud d’Israël, sans compter les conflits inattendu qui ont eu des conséquences désastreuses en Ukraine et au nord de l’Irak sur les droits humains et en termes géopolitiques.

Chez nous, le cas de deux adolescentes Cries agressées dans la région de Winnipeg cette année ont remis à l’avant-plan les violences répétées dont sont victimes les femmes et les filles autochtones au pays. Tina Fontaine a été assassinée; Rinelle Harper a été sauvagement attaquée, mais a survécu. Ces deux cas illustrent bien que le mépris des droits des femmes autochtones est toujours total.

La situation concernant la protection des réfugiés ne fait que s’aggraver, et il a fallu que la Cour fédérale infirme des décisions concernant des compressions au programme de santé pour les réfugiés. Nous sommes préoccupés par l’incapacité du gouvernement à répondre adéquatement aux besoins de relocalisation des réfugiés syriens.

Il ne faut pas oublier que ce qui se passe à l’étranger a une incidence chez nous. Des sociétés minières canadiennes faiblement réglementées, qui exploitent aux quatre coins du monde, se retrouvent souvent mêlées à des cas de violations des droits humains. De plus en plus de Canadiens sont victimes d’arrestations illégales, de torture et de violations dans des prisons étrangères.

Ce qui se passe à l’intérieur de nos frontières sert d’exemple pour le monde entier. Faire des droits humains une priorité au Canada nous permet d’exiger le même engagement ailleurs. Y faillir porte atteinte à notre crédibilité.

Le Canada apporte une précieuse contribution et propose des solutions pour le respect des droits humains à l’échelle mondiale dans des dossiers tels que la santé maternelle et infantile, les mariages précoces, et les actes de violence sanctionnés dans des pays comme l’Iran, le Sri Lanka et la Syrie.

Malheureusement, aussi louables que soient ces actions, elles sont minées par des manquements inexcusables au sein de notre propre pays, notamment notre incapacité à reconnaître les droits des Autochtones. Notre attitude du deux poids deux mesures dans certains dossiers, particulièrement lorsqu’il s’agit de rappeler à l’ordre Israël pour ses graves inconduites, entache notre crédibilité. Notre refus de signer le protocole facultatif de la Convention contre la torture ou le Traité sur le commerce des armes a des conséquences sur notre plein engagement dans le système international de protection des droits humains.

Les droits humains font rarement partie des priorités lors de campagnes électorales. Ils sont toutefois au cœur de tous les thèmes qui domineront les prochaines élections. En effet, la croissance économique ne peut être viable sans une reconnaissance des droits territoriaux des peuples autochtones, une responsabilité sociale des entreprises, et une politique commerciale dans le respect des droits humains.

Les questions d’ordre public resteront en suspens si la complicité dans la torture n’est pas dénoncée, et si les États coupables ne sont pas poursuivis.

Trop de familles et de collectivités seront laissées à elles-mêmes à moins que l’on déclenche une enquête publique, qu’un plan d’action national soit mis sur pied pour contrer la violence faite aux femmes autochtones, et qu’on mette un terme aux inégalités aberrantes dans l’accès à l’eau potable, la santé, l’éducation et les logements sur les réserves des Premières Nations. Il faut que les tribunaux intègrent la pauvreté sous l’angle des droits humains.

Les réformes en matière de sécurité seront inutiles si le Canada n’impose pas aux organismes de sécurité nationale des normes en conformité avec les droits humains. Il faut abolir les réformes mesquines adoptées contre les réfugiés et soutenir les réfugiés syriens afin d’assurer que nos frontières ne deviennent pas des murs de sécurité honteux.

Le Canada soutient la politique étrangère sur la protection des femmes et des filles; cet appui est louable, mais il s’effrite parce que le Canada refuse de reconnaître implicitement les droits sexuels et reproductifs. Le Canada perd petit à petit son rôle de chef de file en ce qui a trait au droit des femmes à l’égalité. Il faut un débat des chefs lors de la prochaine élection qui portera sur des questions qui concernent les femmes et les filles canadiennes. Le dernier vrai débat sur le sujet remonte à 1984.

Le gouvernement canadien tient un double discours sur la liberté et la démocratie; on se permet de virulentes critiques à l’égard de certains États, alors que l’on ferme les yeux ailleurs. On est souvent témoin de cette contradiction lorsque des Canadiens sont victimes de violations de leurs droits fondamentaux à l’étranger. S’attaquer à tort et à travers aux experts des Nations Unies en matière de droits humains n’arrange pas les choses, et les beaux discours sur la scène internationale perdent de leur éclat sous les mesures destinées à bâillonner les voix dissidentes au Canada.

Il faut non seulement que les droits humains soient une des priorités du gouvernement lors des prochaines élections, il faut qu’ils servent de base à tout le débat. Ne pas faire des droits humains une priorité équivaut à faire reculer les droits et la justice. Ils sont la pierre d’angle de changements significatifs, durables et de vaste portée, peu importe l’enjeu.

avec Alex Neve, Secrétaire général d’Amnistie internationale, Canada Anglophone.

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