le blogue de Béatrice Vaugrante

Mariages de filles : 142 millions d’histoires pour rien?

Posted in Uncategorized by béatrice vaugrante on 12 septembre 2013

expositionstephaniesinclairLes photos se succèdent : une adolescente enceinte de 9 mois et elle travaille aux champs ; une autre, 14 ans et déjà 2 enfants ; celle-ci retirée de l’école, car mariée mais elle aurait voulu être enseignante; celle-là, atteinte du VIH ou survivante d’une fistule, et abandonnée, …

 

© Stephanie Sinclair/VII/tooyoungtowed.org

En déambulant à travers les magnifiques et terribles photos de Stéphanie Sinclair sur les mariages de filles, exposées à la salle du Gesu, à Montréal, je me demande comment qualifier le progrès des civilisations humaines, qui permet encore une exploitation à une si large échelle de la moitié du genre humain par l’autre, uniquement basée sur le sexe.

Chaque visage est une histoire, avec fin prématurée. Une vie sans choix, puisque sans droits. Si rien n’est fait, ce sont 142 millions d’histoires pour rien pour les 10 prochaines années. Comme si le genre humain pouvait s’en passer.

Les panneaux sont assez explicites : pauvreté, patriarcat, sexe facile et souvent violent, tabous, ignorance et isolement, pratiques communautaires ancrées sur la soumission de la fille, de la femme à venir.

Notre campagne Mon corps, mes droits est destinée à la plus grosse cohorte de jeunes que la Terre ait jamais connue. Comment les atteindre, les éduquer, leur apprendre leurs droits, et avec eux les choix possibles pour leur vie. Sous le jargon des droits sexuels et reproductifs, vient en fait pour ces millions de filles tout un monde de possibilités : si elles avaient accès à de l’information sur le planning, les relations sexuelles, la grossesse et l’accouchement, les maladies, si elles avaient accès à des moyens de contraception, si elles pouvaient choisir leur partenaire, si elles veulent des enfants, et combien et quand, si elles avaient accès des soins de santé sécuritaires,… Comme pour tous les autres droits, jouir de ses droits, c’est pouvoir choisir son futur. Commençons donc par les rendre au moins maitresses de leurs corps et les laisser s’exprimer.

Il n’y aura pas de résultats à court terme, changer prendra beaucoup de temps. Déjà dans le cadre de la campagne pour défendre la santé maternelle, j’avais animé au Burkina Faso des ateliers de formation sur les droits sexuels et reproductifs. J’ai connu les salles remplies de femmes avec quelques hommes qui seuls prennent la parole. Mais j’ai aussi connu des petites organisations de femmes qui mènent la bataille. Convaincre les chefs reste incontournable.  Mais semer des graines de liberté et de lutte dans les têtes des femmes reste le plus efficace moyen.

La grande conférence de l’ONU sur la population et développement de 2014 devra entériner la protection et la réelle accessibilité des droits sexuels et reproductifs des femmes. Le Canada devra tenir cette position.

Il n’y a pas de possibilités de progrès des civilisations tant que nous n’aurons pas fait cesser cette infamante exploitation d’un genre sur l’autre.

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