le blogue de Béatrice Vaugrante

Une autre révolution tranquille à faire

Posted in Uncategorized by béatrice vaugrante on 21 septembre 2010

Quand je regarde le Québec il y a 40 ou 50 ans, je me dit que la formation d »aujourd’hui fait partie des étapes qui petit à petit mènent les révolutions….

Devant moi une quinzaine de militants d’Amnistie Burkina, bénévoles et engagés sur la campagne Exigeons la dignité, prêts à entendre parler des droits sexuels et reproductifs (DSR) , incontournables pour continuer le travail déjà bien entamé par la section sur la réduction de la mortalité maternelle. Ils sont jeunes et une majorité de femmes sont présentes. Cette fois-ci, dans la revue des DSR et du cadre légal national, africain, et international qui les sous-tend et  clairement oblige le gouvernement, je tente d’insister un peu plus sur ce concept : contrôle de la femme sur son corps. Des discussions s’enclenchent sur la notion de grossesse non désirée : non, ce n’est pas uniquement suite à un viol, c’est toute grossesse qui ne vient pas de la volonté de la femme, par ignorance, par soumission. « Oui mais les hommes ont leur mot à dire? ». Certes,  si la femme veut, mais si elle ne veut pas…

Les jeunes femmes encore prennent moins la parole que les jeunes hommes, mais dans le couloir lors de la pause, les langues se délient. Même en ville les discussions sur l’égalité homme femme n’est pas gagnée. Tant de perceptions à défaire, de pressions sociales à faire disparaître, de pratiques culturelles nocives pour les femmes à arrêter. Le groupe est très motivé pour trouver des pistes de solutions : du personnel médical pour démonter les préjugés ( » la pilule? oui si tu as déjà eu un enfant, sinon cela rend stérile »), chercher de l’aide juridique pour lancer des recours, créer un numéro gratuit pour parler de pratiques illégales sans crainte, interpeller les établissements scolaires sur le programme d’éducation sexuelle et encore convaincre les hommes là où ils sont : les stades, les bars avec des modèles convaincus, des artistes.

Nous venons de former des futurs formateurs et formatrices, c’est toute une aventure. Yves Traoré le directeur de Amnistie Burkina a même réussi à intéresser des médias à cette formation, des relayeurs nécessaires à notre travail. Mon entrevue rappelle l’engagement du président à lever les obstacles financiers pour les soins obstétriques d’urgence et la planification familiale, tout en n’oubliant pas la qualité. Car payer les soins n’est pas une fin en soi. Philippe Hensmans de Amnistie Belgique me relate une histoire entendue d’une femme qui témoignait au passage de la caravane en février : « Maintenant que les soins et l’accouchement sont payés par l’ONG, mon mari me demande 9 enfants au lieu de 7 ». Alors je passe aussi le message de l’éducation sexuelle, des droits des femmes. Enfin je lance un appel aux hommes pour encourager leurs femmes et montrer l’exemple et à se choquer d’une telle situation :  si le gouvernement assassinait 2000 personnes, cela ferait la une. 2000 femmes qui meurent de violations de leurs droits à la santé est du même ressort mais chut, silence.

J’ai vu un jour un tag sur un mur à Buenos Aires : « no puedo ser la mujer de tu vida porque soy la mujer de la mia ». Je ne peux pas être la femme de ta vie puisque je suis la femme de la mienne. Je suis bien fière de cette journée, une contribution à l’atteinte des objectifs du Millénaire non pas de New York mais de Ouagadougou.

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