le blogue de Béatrice Vaugrante

Mme Koné invite les maris

Posted in Uncategorized by béatrice vaugrante on 20 septembre 2010

rencontre me koné« Nasara, nasara, ça va? » nous lance un jeune garçon au grand sourire. La camionnette file sur la route rouge terre coloriant ainsi humains, animaux et objets le long de sa voie.  Je lève mon pouce « ça va, ça va! ». Et il en va ainsi tout au long des 100 km parcourus vers Koudougou, 3è ville du pays. Tous les gamins et les femmes nous saluent, nous sourient tout en tentant de guider leur vélo, leur âne, leur motocyclette, leur chargement,  les bébés, les chèvres, ….La moitié du pays est jeune et la moité du pays est femme, je ne compte donc plus les saluts.  » Nasara »? cela veut dire « colon », c’est resté de l’époque. Tout blanc s’appelle colon. Faut pas le prendre personnel.

Au bout d’un terrain vague se trouvent les locaux de l’université et l’équipe d’Amnistie francophone – Belgique, Burkina Faso, Canada – débarque dans une salle de classe où déjà on nous attend. À nous de jouer  pour parler droits sexuels et reproductifs. La vingtaine de participants – deux tiers hommes, un tiers de femmes – proviennent d’associations locales pour les jeunes, la santé, les femmes, les droits, la planification familiale. Nous espérons pouvoir avec cette formation créer les début d’un comité local à Koudougou. En effet là où était passée la caravane d’Amnistie en février, des comités locaux ont été créés pour continuer la surveillance et la promotion sur les questions de santé maternelle. Notre campagne a convaincu le président du pays de prendre l’engagement de lever les obstacles financiers pour les soins obstétriques d’urgence et la planification familiale. Les attentes sont à la hauteur de l’impact.

Les chiffres au Burkina sont consternants : 2000 femmes par an meurent des suites liées à leur grossesse ou leur accouchement ;  ce sont les chiffres du ministère de la santé. Donc ils ne comprennent pas toutes les femmes décédées en dehors des centres de santé : chez elles, sur la route, …De plus 5000 femmes sont décédées entre 1995 et 2000 des suites de complications liées à des avortements faits dans des conditions dangereuses.

Sexe, sexualité : sujet tabou par excellence. Mais sous l’angle des droits, cela rationalise « la chose ». J’expose la distinction et la complémentarité entre droits sexuels et reproductifs, passe relativement vite – mais passe quand même – sur les questions de genre et diversité sexuelle car je sens bien que l’on touche le tabou du tabou. Les discussions s’animent sur les obstacles : pauvreté et corruption, pénurie et mauvaise qualité du personnel et du matériel, centres de santé inaccessibles, puis viennent les points sur la planification familiale – coûts, confidentialité, information –  et le statut de la femme – mère et épouse sous le pouvoir de son mari, excision, polygamie. Quand j’aborde l’incontournable nécessité de l’égalité des femmes pour régler la santé maternelle, je reçois de grands hochement de tête positifs des femmes. Les hommes prennent beaucoup la parole et même ici on entend peu les femmes. Alors je leur adresse directement mes questions :

« Dites-moi mesdames, qu’est ce qu’une maman dit à sa fille quand elle devient femme? », cela les fait sourire. Mme Koné se lance :

 » Une maman de mon groupe de femmes m’a raconté. Sa fille sortait un soir avec un garçon alors elle lui dit :  » s’il te dit de te mettre sur le dos, ne le fais surtout pas ! ». Le lendemain elle demande à sa fille : « Alors qu’as-tu fait hier soir? » et la fille de répondre :  » Pas de problème Maman, il m’a dit de me mettre sur le ventre ». L’éducation sexuelle auprès des jeunes est une des demandes importantes de la salle. Il est vrai que le maître mot pour la mise en oeuvre des droits sexuels et reproductifs est l’éducation : des filles, sur l’égalité homme – femme, sur la planification familiale, sur la sexualité, sur la santé reproductive.

Le groupe est séparé : l’un discute des recours pour tendre vers l’égalité homme femme et l’autre parle des recours pour tenter d’amoindrir les obstacles financiers et d’accessibilité. J’en retire 2 leçons :

– pour l’égalité des femmes, il faut embarquer les hommes. Convaincre les maris que tous – lui, la famille, la communauté – a à bénéficier d’une femme éduquée. Diffuser oralement – radio, video, images, tournées – l’histoire de ces hommes convaincus, de ces chefs traditionnels convaincus, de ces parents convaincus pour qu’ils servent de modèles positifs et engageants pour les autres.

– pour les soins, documenter ensemble les témoignages où une femme a subi des contraintes dans ses droits sexuels et reproductifs et exiger des comptes en regard des obligations nationales, africaines et internationales du Burkina Faso. Mais les craintes de représailles en refroidissent quelques uns.

Dans les 2 cas l’équipe d’Amnistie du Burkina qui fait déjà tant avec peu de moyens peut aider avec notre soutien.

En fin de journée, là où les couleurs et les odeurs sont magiques et le calme revenu, nous rejoignons dehors le groupe de femmes de Mme Koné. Elles ont organisé différents groupes d’achat et surtout un solide groupe d’entraide en cas de pépin. Mais pas seulement les pépins. Le cahier social note aussi les événements heureux. Elles rient à l’idée d’inviter les maris à la prochaine réunion, mais semblent d’accord pour essayer. On rit aussi è l’idée du t-shirt qu’on leur ferait porter « Je suis un homme, ma femme porte un stérilet ». Qui peut résister aux paroles de Mme Koné?

Merci de lui faire savoir.  pour agir

3 Réponses

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  1. Manso said, on 21 septembre 2010 at 10 h 15 mi

    Rappelons que sur ce sujet de la planification familiale, une autre association francophone est aussi très en pointe: il s’agit de Démographie Responsable. Elle a d’ailleurs lancé une pétition en faveur de la gratuité de la contraception dans le monde qui a déjà reçu plus de 2.400 signatures. Elle est accessible en cliquant sur mon nom…

  2. Johanne said, on 20 septembre 2010 at 22 h 14 mi

    Voilà une façon intéressante d’aborder les questions de genre : en en faisant une question qui concerne aussi les hommes. Très intéressant !

    • Marie Roy said, on 21 septembre 2010 at 17 h 36 mi

      Tout à fait d’accord avec l’implication des hommes. Le Burkina Faso profiterait ainsi de notre expérience et éviterait peut-être des réactions masculines dictées par la crainte d’être exclus,
      entre autres.

      Cela facilite la vie des femmes aussi, ce sera une révolution moins rapide mais mieux intégrée.


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