le blogue de Béatrice Vaugrante

Canada : l’heure est venue de réhabiliter les droits humains

Posted in Uncategorized by béatrice vaugrante on 16 janvier 2014

examenPeriodiqueCanadaLettre ouverte parue dans le Devoir du 3 janvier 2014.

Alex Neve est le secrétaire général de la section anglophone d’Amnistie internationale Canada et Béatrice Vaugrante, la directrice générale d’Amnistie internationale Canada francophone.

Dans la foulée des manifestations d’émotions qui ont déferlé sur la planète à la suite du décès de Nelson Mandela surgit cette triste question : pourquoi le Canada n’a-t-il pas joué un rôle prépondérant dans l’hommage rendu à cet éminent défenseur des droits humains?

Les gens se souviennent de la ferme position antiapartheid qu’avaient adoptée les leaders canadiens, depuis l’époque de John Diefenbaker. Ils se sont vantés d’avoir accordé à Mandela la citoyenneté canadienne honoraire. Ils ont demandé pourquoi Brian Mulroney, qui s’est opposé à Margaret Thatcher et Ronald Reagan, n’était pas parmi les nombreux leaders mondiaux invités à présenter une allocution en mémoire de Nelson Mandela.

Il existe plusieurs réponses à cette question, dont l’une est assurément le fait que le Canada n’est plus perçu comme le leader déterminé des droits humains qu’il a été au cours des 25 dernières années. En fait, sur le plan de la défense des droits humains en Afrique, le Canada est devenu pratiquement absent.

Depuis plusieurs années, Amnistie internationale, d’autres organisations, d’anciens diplomates et politiciens ainsi que des Canadiens inquiets montrent du doigt cette détérioration de la réputation de leader des droits humains du Canada. Le fait d’être tenu à l’écart de la cérémonie commémorative de Mandela ou de voir la candidature du Canada à un siège du Conseil de sécurité des Nations Unies refusée en 2010 nous oblige à faire front.

Les lacunes du Canada au chapitre des droits humains se multiplient, tant à l’échelle nationale qu’à l’échelle internationale.

L’année qui se termine offrait au Canada une formidable occasion de renverser la vapeur, alors que le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies procédait à l’examen périodique universel du Canada. Tous les pays du monde font l’objet d’un tel examen tous les quatre ans.

Cependant, le Canada est ressorti de cet examen plus arrogant qu’exemplaire et plus provocateur que déterminé. En fait, il a rejeté deux recommandations qui ralliaient le soutien de bon nombre de ses alliés les plus proches. Le Canada a refusé de se doter d’un plan d’action national pour contrer le niveau de violence révoltant qui a cours dans la vie des femmes autochtones partout au pays.

Le Canada a aussi refusé les invitations à signer un traité portant sur la prévention de la torture dans le cadre des visites dans les prisons, compromettant ainsi notre capacité à insister auprès d’autres pays où la torture est monnaie courante pour qu’ils prennent cette mesure essentielle.

Concrètement, en cette fin d’année, nos préoccupations nationales liées aux droits humains se sont aggravées sur plusieurs fronts.

Aucun engagement n’a encore été pris quant au respect du droit des peuples autochtones à un consentement libre, préalable et éclairé relativement aux projets de ressources naturelles qui ont des répercussions sur leurs droits, leurs terres et leurs territoires.

Le refus du gouvernement fédéral de financer des soins de santé égaux pour tous les réfugiés a été réprouvé par les gouvernements provinciaux, dont plusieurs paieront la facture, mais transmettront la note à Ottawa.

Ottawa refuse de créer un cadre de droits humains efficace à l’intention des sociétés minières canadiennes œuvrant à l’étranger et n’a fait aucun effort pour intégrer des obligations relatives aux droits humains dans sa politique commerciale.

Le gouvernement fait preuve d’incohérence quand il s’agit de prendre la défense de Canadiens emprisonnés illégalement ou risquant la torture en terre étrangère, suscitant des préoccupations liées à la discrimination.

Le refus du gouvernement fédéral de diriger l’élaboration de stratégies nationales relatives à la pauvreté, à la sécurité alimentaire et à l’itinérance dépasse l’entendement.

De plus, une inquiétude sans précédent surgit du fait que la liberté d’expression est de plus en plus compromise. Les arrestations de masse survenues durant le Sommet du G20 à Toronto et les manifestations étudiantes au Québec n’ont toujours pas fait l’objet d’enquêtes appropriées.

Dans tout le pays, des militants, des fonctionnaires, des universitaires et des scientifiques perdent leur financement, sont réduits au silence ou sont dénigrés sur la place publique s’ils osent critiquer le gouvernement.

La modification fondamentale du statut du Canada en matière de droits humains sur la scène mondiale au cours des dernières années est ahurissante. Autrefois chef de file, le Canada est désormais trop souvent perçu comme un retardataire.

Après avoir été un leader mondial de la campagne en faveur du traité sur les mines terrestres il y a tout juste 15 ans, le Canada est demeuré invisible au moment de l’adoption marquante, cette année, d’un nouveau traité qui intègre au commerce mondial des armes des règles visant la protection des droits humains. Le Canada ne figure pas parmi les 115 pays qui ont fait un premier pas en signant ce traité.

Le refus du Canada de favoriser les engagements pris à l’échelle internationale relativement aux droits sexuels et reproductifs des femmes éclabousse notre bilan jadis exemplaire de défenseur de l’égalité des femmes.

Tandis que le sort des réfugiés syriens devient de plus en plus ignominieux, le Canada a consenti à accueillir le nombre dérisoire de 200 Syriens sous parrainage gouvernemental. Une trahison après des dizaines d’années de générosité envers les réfugiés.

Les incohérences réduisent à néant une grande part de la diplomatie canadienne relative aux droits humains. Le Canada a adopté de solides positions opportunes à l’égard de pays tels le Sri Lanka et l’Iran, mais du fait de son refus d’admettre quelque critique que ce soit à propos du bilan d’Israël en matière de droits humains, beaucoup de pays estiment que le Canada recherche la polarisation au lieu de s’appuyer sur des principes. Notre quasi-disparition de l’Afrique, notre omission de faire pression sur la Colombie et nos positions ambigües à propos de certains pays du « printemps arabe », tel Bahreïn, ne contribuent en rien à nous attirer plus de respect à l’échelle internationale.

Vers la fin de l’année, le gouvernement a fièrement annoncé son nouveau Plan d’action sur les marchés mondiaux, selon lequel la diplomatie économique dominera désormais la politique étrangère canadienne. C’est son rôle entre autres de promouvoir le commerce, mais il est déplorable d’avoir négligé de concevoir en parallèle un plan d’action international relatif aux droits humains. Ce document s’avère en fait nécessaire.

Dans le domaine des droits humains, le Canada fait de plus en plus fausse route et s’illustre de moins en moins, tant à l’échelle nationale, qu’aux Nations Unies et à Johannesburg. L’heure est venue, en 2014, de réhabiliter les droits humains.

Omar Khadr : une étape de franchie, une quête de justice à finir.

Posted in Uncategorized by béatrice vaugrante on 4 octobre 2012

À peine les medias rapportaient-ils la nouvelle du retour d’Omar Khadr au Canada que certains commentaires allaient déjà dans le sens d’une histoire du passé dont il fallait tirer des leçons. Son rapatriement était grandement attendu, depuis bien trop longtemps, mais cela ne reste néanmoins qu’une étape vers de nouveaux chapitres, dans cette saga qui couvre maintenant une décennie. Car le gouvernement doit à Omar Khadr des comptes – il en doit aussi à tous les Canadiens – sur les raisons d’un tel délai.

 

Ce cas est depuis le début celui d’une injustice fondamentale liée à Guantanamo. Personne n’aurait du être transféré dans un centre de détention opérant hors du cadre de la loi, et surtout pas les douzaines de mineurs âgés entre 11 et 17 ans qui ont fini par y passer, incluant bien entendu Omar Khadr, le seul à y être condamné par une commission militaire loin de respecter les standards internationaux de justice.

Tout cela est arrivé en 2002, au moment même où la communauté internationale entérinait une entente historique sur les enfants soldats – initiative menée par le Canada. Au lieu de se faire offrir «démobilisation, réhabilitation, et réintégration», ces mineurs ont fait face à de la torture et des mauvais traitements, des détentions illégales et un vide juridique indéfini et sans espoir.

L’entente de culpabilité de 2010 a permis une ouverture pour qu’Omar Khadr sorte enfin de Guantanamo et soit accueilli dans le système de justice canadien. Avec l’espoir qu’une certaine dose d’équité allait enfin porter son dossier. Même le ministre Vic Toews concède que les prochaines étapes appartiennent à la Commission des libérations conditionnelles, et non plus aux aléas de la politique.

Les cours de justice, jusqu’à la Cour Suprême du Canada, les organes de l’ONU, de nombreuses organisations dont Amnistie internationale, ont maintes fois documenté les violations de droits humains subies par Omar Khadr, et elles restent à réparer. Les allégations de torture et de mauvais traitements sont crédibles et troublantes, et doivent faire l’objet d’une enquête. Des officiels canadiens ont également violé les droits d’Omar Khadr selon la Charte canadienne quand ils ont continué de l’interroger à Guantanamo, malgré le fait que sa détention et ses conditions de détention violaient les normes internationales. Son statut d’enfant combattant continue encore d’être ignoré.

Une part importante du processus de réparation sera de s’assurer que cela ne se reproduise jamais. Depuis trop longtemps le Canada a été inconsistant dans son approche envers les Canadiens détenus à l’étranger faisant face à de sérieuses violations de leurs droits humains. Le dossier d’Omar Khadr se distingue comme étant l’un des plus grands échecs de protection d’un citoyen. Nous devons pouvoir compter sur un système où tous les citoyens reçoivent une protection égale et le gouvernement doit saisir toutes les occasions pour s’y engager de manière efficace et rapide.

Amnistie continuera de suivre le dossier de près. Non seulement il est possible d’assurer la sécurité de tous sans piler sur nos engagements de respect des droits, mais c’est le seul moyen en fait. Il ne faut plus tolérer ces pratiques de droits humains à la carte. Aux termes du droit international, ni le droit national ni la politique ni le contexte ne peuvent être invoqués pour justifier le fait de ne pas honorer les obligations inscrites dans les traités. Ceux-ci sont mis en place justement pour faire face aux situations difficiles, et c’est dans ces situations que nous pouvons mesurer la valeur des engagements de nos dirigeants, et la nôtre.

- Avec la participation d’Hillary Homes, responsable des questions sécurité, Amnistie internationale Canada anglophone.

N’ayons pas peur de …nous.

Posted in Uncategorized by béatrice vaugrante on 10 avril 2012

Il est encore temps de rêver de faire le choix d’un véritable siècle des lumières. Il est encore temps de faire de ce siècle un passage irréversible de l’humanité vers une civilisation qui respecte fondamentalement le genre humain, non pas vu comme un moyen mais vécu comme une fin. Ici et maintenant, on peut commencer.

Les idées de justice et de dignité humaine laissées entre autres par Confucius, les penseurs de l’Islam de l’âge d’or, et de l’ « autre » siècle des lumières ont abouti finalement dans la seconde moitié du XXè siècle à une genèse formidable des droits humains sur la scène internationale : naissance de la Déclaration universelle des droits de l’homme en 1948, et depuis, des pactes et des conventions internationale qui la renforcent. Et même une cour pénale internationale pour juger de nos pires crimes sur Terre!

Pourtant le XXè siècle a continué d’être une boucherie. Les textes internationaux sont certes très beaux – l’avènement d’un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère, a été proclamé comme la plus haute aspiration de l’homme – mais ces textes restent encore pour beaucoup trop de monde une lointaine réalité.

Pourquoi? De quoi avons-nous peur pour enfin vouloir être libérés de la terreur et de la misère? c’est de cette liberté dont j’aimerais vous entretenir.

Inlassablement de faux choix nous sont rabâchés afin de justifier des politiques qui semblent rassurantes mais pourtant sont fondamentalement dangereuses pour notre liberté, car puisées sur la base de nos peurs. Ces faux choix semblent trouver des oreilles attentives ces temps-ci, ce qui m’inquiète. J’en nommerais 3 :

Identité ou ouverture? Sécurité ou droits humains? Libertés individuelles ou dignité collective?

Identité ou ouverture?

le poète persan Saadi au XIIIè siècle a écrit :

« Les êtres humains sont les parties d’un corps.

Si une des parties souffre

les autres ne peuvent trouver la paix.

Si le malheur des autres te laisse indifférent

Tu ne mérites pas d’être appelé Homme.»

La compassion pour la souffrance d’autrui est un élément essentiel de la philosophie des droits humains. La compassion ne veut pas dire la charité : elle réclame la justice.

L’Autre ne doit pas nous faire peur. Allons à sa rencontre, défendons avec lui et elle sa vie, sa dignité, la possibilité d’avoir des choix, d’être libre donc. Soyons curieux des différences et de l’universalité de notre condition humaine. Parce que vos droits, votre dignité en dépendent. Notre identité se nourrit de notre passé mais elle mourra si elle n’est pas nourrie du présent, si elle ne se colore pas des sons, des histoires et des rêves d’ailleurs.

Tiffany Morrison. Jeune femme sans histoire, entourée de sa mère, de sa sœur, de sa fille. Sort d’un bar, s’engouffre dans un taxi, puis, …plus rien. Disparue. 2006. Qui s’en préoccupe? Pas de une dans les médias, pas de recherche nationale, … Retrouvée morte sous un pont en 2010. C’est trop loin de nos yeux? Kahnawake, juste de l’autre côté du pont. Les femmes autochtones chez nous ont 5 fois plus de risques de mourir de mort violente que les femmes non autochtones. Je me souviendrai longtemps du regard interrogateur de sa mère. Pourquoi?

Nourrir les préjugés envers les autochtones, ostraciser les musulmans, ériger des forteresses contre les migrants et les réfugiés, vouloir habiller ou déshabiller les femmes. Démoniser les personnes qui défendent ces droits.

N’ayons pas peur de notre choix pour identité ET ouverture!

Sécurité ou droits humains?

Au nom de notre sécurité, parce que nous avons peur, nous avons laissé faire des marques indélébiles dans les choix pour les droits que nous avions faits. Notre peur – légitime mais entretenue – nous a permis d’écorner, de tourner les coins ronds, de faire semblant, de dire que c’est « exceptionnel » et « temporaire » « préventif », « pour sauver des vies », de créer des systèmes parallèles et secrets…pour notre bien.

Ceux qui sont prêts à laisser un peu de leur liberté pour un peu plus de sécurité ne méritent ni la liberté, ni la sécurité.

Du temps de Benjamin Franklin déjà, ce faux choix se posait.

La sécurité, pour tous, c’est la justice. C’est se tenir debout, avoir confiance dans nos institutions de justice et notre démocratie, c’est refuser la loi du Talion. Ceux que l’on est censé combattre ont remporté une victoire, amère pour nous : nous avons abdiqué, Guantanamo est leur trophée. Et nous, sommes-nous plus en sécurité?

Torturer ou sous-traiter la torture, détenir illégalement et indéfiniment, offrir des parodies de procès, combattre une « guerre » sans en respecter les lois, marchander les armes sans contrôle, croire que la peine de mort va tout régler. Démoniser les personnes qui défendent ces droits.

N’ayons pas peur de notre choix pour Sécurité ET droits humains!

Libertés individuelles ou dignité collective?

Il faut craindre les recours fallacieux et ô combien abusifs du mot « liberté »!

La liberté ne peut jamais aller sans égalité, elle ne peut pas être sans limites sinon elle oppresse. Les libertés individuelles ne sont pas réservées aux plus forts, ce sont alors des libertés qui excluent.

Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime, et la loi qui affranchit. 

Cette phrase de Lacordaire, homme politique du XIXè, nous rappelle la raison fondamentale de ne pas avoir peur du mot « solidarité » : les droits humains sont pour tous. Puisque les libertés débridées créent des inégalités, elles doivent être corrigées. Il ne faut pas avoir peur de réclamer des lois qui protègent, qui affranchissent, qui donnent aux plus vulnérables, au plus grand nombre …la liberté de choix. Et je ne parle pas des « lois du marché ».

Avoir accès au logement est aussi important que de s’exprimer librement. Cela parait choquant pour certains. Mais vivre dans la dignité est un tout indissociable, avec un toit, et une voix. Pour tous. La pauvreté n’est pas une fatalité, elle est décidée. Que notre attachement aux droits humains ne soit pas sélectif : Rappelez-vous : être libérés de la terreur ET de la misère.

Nourrir avec des banques alimentaires et des guignolées, réduire à des coûts variables l’éducation, le logement, la santé, permettre à des entreprises extractives de détruire environnement et lieux de vie, isoler dans la pauvreté les familles autochtones. Démoniser les personnes qui défendent ces droits.

N’ayons pas peur de notre choix pour Libertés individuelles ET dignité collective!

N’ayez pas peur de dénoncer ces abus, de dénoncer cette régression indigne de progrès humain. Si nous souhaitons de la croissance, voici bien l’unique priorité : la croissance de la dignité humaine, la véritable liberté de chacun dans une société qui garantit les droits humains pour tout le monde.

Ne restez pas silencieux en attendant que l’orage passe, parce que vous n’êtes pas concerné. Il ne passera pas si vous ne faites rien. Vous êtes concerné.

Bien plus que le bruit des bottes, je crains le silence des pantoufles. Cette citation reprise par plusieurs vous donne-t-elle une idée de l’importance d’agir pour notre liberté?

Nous avons le choix à ce tournant de ce siècle de décider de rendre la justice et la dignité réelles pour tous et toutes. Ici et maintenant.

N’ayons pas peur de nous.

Ceux qui combattent peuvent perdre.

Ceux qui ne combattent pas ont déjà perdu.        Bertold Brecht

De l’indignation et de l’inspiration

Posted in Uncategorized by béatrice vaugrante on 22 décembre 2011

manifestation Tunisie

Ce début de siècle aura sa part de secousses mondiales significatives : quelle année 2011 funeste pour quelques dictateurs, mais à quel prix : des défenseurs de droits  tenaces, engagés collectivement pour dénoncer des décennies de noirceur, ont perdu des parents, des amis, leur dignité ou leur vie même. La peur au ventre et le courage dans le cœur. Je leur rend hommage. Un grand hommage.

Les révolutions des droits humains dans les régions d’Afrique du Nord et du Moyen Orient sont incroyablement porteuses d’espoir. Nos attentes cependant doivent être patientes : bâtir des sociétés de droits égalitaires et démocratiques ne se fait pas en quelques mois.

Amnistie continuera à documenter, à proposer des solutions et à soutenir les organisations locales. À l’ONU, dans la rue, dans les capitales, les militants demandent la liberté d’expression, la fin de l’impunité, la participation des femmes. Ils demandent aussi des réformes en justice et en sécurité et le soutien aux droits économiques et sociaux. Amnistie continue aussi à se tenir aux côtés de ceux et celles qui luttent encore.

Ceux qui soutiennent Amnistie ici et ailleurs nous permettent de poursuivre notre travail pour que d’autres pays ne soient pas oubliés : République démocratique du Congo, Birmanie, Sri Lanka,  Israël et Territoires occupés, Chine, Colombie, Russie … Notre mission nous oblige à répondre aux enjeux qui affligent des pans entiers de populations : migrations, évictions forcées, pauvreté et inégalités sociales. La société civile des Indignés a le droit de s’offusquer : la pauvreté n’est pas une fatalité, mais le résultat de décisions politiques. Nous continuons avec ténacité à gagner des petites et grandes victoires sur les droits des femmes, l’éradication de la peine de mort, les droits des peuples autochtones, des personnes homosexuelles. La « guerre au terrorisme » a fait rejaillir la torture, les détentions arbitraires, les procès inéquitables, venant pourtant de pays de droits. Amnistie s’insurge de ces choix faits au nom de la sécurité et des promesses non tenues : Guantanamo, 10 ans déjà en janvier 2012.

Nous résistons aux vents contraires qui réduisent comme une peau de chagrin la réputation du Canada en leader des droits humains : soutien inconditionnel à Israël, accord de libre échange avec la Colombie, projet de loi sur les réfugiés, entreprises minières canadiennes, Omar Khadr, … Amnistie est aux côtés des organisations et communautés autochtones pour documenter et dénoncer les conditions de vie indécentes, comme à Attawapiskat, la discrimination envers les enfants autochtones, la  violence envers les femmes autochtones,  le non-respect du consentement libre et éclairé quand il s’agit d’exploitations de ressources naturelles sur leurs territoires ancestraux.

Je pense aux femmes extraordinaires, qui ont reçu le prix Nobel de la paix. Saviez-vous que Madame Johnson-Sirleaf, prix Nobel de la Paix 2011, est la première femme élue démocratiquement présidente d’un pays africain? En 1985, Amnistie internationale l’avait adoptée et défendue comme prisonnière d’opinion. Voyez : en appuyant Amnistie, vous contribuez à faire libérer des femmes et des hommes courageux qui changent le monde!

Je pense à Aung San Suu Kyi qui reprend son combat et a enfin pu être réunie à sa famille et ses partisans. Je pense au jeune garçon avec qui j’ai manifesté dans les rues de Montréal pour dénoncer les violences en Syrie et qui s’inquiète pour ses parents. Ensemble nous pouvons le réunir à sa famille.

2001, nous fêtons notre 50è anniversaire en cette année incroyable pour les droits humains : l’idée d’un seul homme a donné aujourd’hui un Mouvement fort de plus de 3 millions de membres et sympathisants, dans 150 pays et toujours indépendant, n’acceptant aucune subvention gouvernementale et vivant de dons venant de personnes comme vous. Grâce à vous – votre don, votre temps, votre talent –  nous ne nous lasserons jamais :

-      De faire des campagnes

-      De récolter un nombre incroyable de lettres lors du marathon d’écriture pour libérer des personnes et les rendre à leur famille

-      De documenter ce qui se passe sur le terrain dans le monde et au Canada, de rechercher les faits

-      D’inspirer et de soutenir nos militants

-      De maintenir la pression aux Nations-unies, dans les capitales, et les Conseils d’administration

-      De communiquer aux medias et au public les enjeux et les victoires,

-      De forger des partenariats

-      De résister au recul en droits au Canada

-      De demander des comptes et d’en rendre

 

Un énorme merci à chacun et chacune d’entre vous qui faites Amnistie. Joyeuses fêtes avec les vôtres et Justice et Dignité en 2012, avec beaucoup de joie et de rires.

Faites un don des Fêtes à Amnistie. Rendez à des prisonniers leur liberté. Rendez-les à leur famille et à la société pour qu’avec vous, ils bâtissent un monde plus juste.

Béatrice Vaugrante

Directrice générale

Décembre 2011

 

En route vers Ouagadougou

Posted in Uncategorized by béatrice vaugrante on 15 septembre 2010

Il est des noms de villes qui appellent à la rencontre quand on les prononce. Pour Montevideo, Ushuia, Alep, Varanasi, …j’ai répondu à l’appel et quelles rencontres! Il m’en reste beaucoup dont … Ouagadougou. Hé bien vendredi 17, je pars rencontrer Ouagadougou.

La campagne d’Amnistie au Burkina Faso est un bel exemple de notre engagement à éradiquer la mortalité maternelle, un des thèmes majeurs de notre campagne Exigeons la dignité. Il n’est pas normal de risquer la mort en donnant la vie. C’est le cas pourtant pour environ 2000 femmes par an au Burkina. Les causes sont nombreuses et se situent à plusieurs niveaux : les coûts pour les soins obstétriques, l’éloignement des centres de santé, le manque de matériel et de personnel qualifié, mais aussi surtout le peu de pouvoir des femmes sur leurs choix en matière de planification familiale, l’ignorance de leurs droits, les préjugés sur les moyens de contraception et le grand nombre d’enfants qu’il faut avoir vite, les pratiques comme l’excision…

Le gouvernement a eu des actions positives ces dernières années pour inverser la tendance. Une loi en 2005 a été votée pour statuer clairement les droits des femmes dans le cadre de la planification familiale. Et cette année, le président a promis d’agir encore pour réduire les coûts pour les soins obstétriques et l’accès à la planification familiale. Mais il reste beaucoup de chemin à faire de la décision à la mise en oeuvre. Car surtout dans les régions rurales, le message ne s’est pas encore rendu.

Atteindre les populations, surtout les femmes pour leur faire connaître leurs droits et surtout les hommes pour les convaincre que toute la famille bénéficie de femmes en autonomie, ce fut le but de la caravane d’Amnistie en février 2010. Soutenir les organismes locaux dans leurs revendications et actions fut aussi l’objectif atteint, que nous souhaitons réitérer par cette visite en septembre. Depuis 2009, Amnistie a documenté , fait campagne, travaillé avec des partenaires, rencontré des officiels gouvernementaux. Et la campagne continue pour renforcer la pierre angulaire de l’autonomisation des femmes : l’éducation sur leurs droits sexuels et reproductifs. C’est l’objectif de ma visite, de ma prochaine rencontre avec Oua-ga-dou-gou.

La paysanne et l’ours

Posted in Uncategorized by béatrice vaugrante on 11 janvier 2010

Je viens de commenter un excellent article qui comme je les aime ne peut que donner lieu à débats et réflexions. J’émets moi aussi des limites sur les luttes environnementales qui au niveau du grand public ont tendance à se cantonner sur les solutions individuelles et matérielles en omettant de batailler pour des politiques et des pratiques qui mettent fin aux graves conséquences sociales dues au gaspillage des ressources. Dans le même esprit que mon artice précédent sur les guignolées, cela donne bonne conscience, est certainement nécessaire à court terme mais ne change rien à la source des problèmes et permet même surtout de ne pas trop se poser de questions sur les responsables, et les solutions collectives à long terme, qui certainement remettraient bien trop de choses en cause.

Les impacts des changements climatiques sur les droits économiques et sociaux de millions de personnes sont énormes. Je m’inspire d’une conférence donnée par Mary Robinson de Realizing rights à laquelle j’ai assisté en novembre à Copenhague. Impact sur l’eau , la production de nourriture, la santé, les infrastructures (écoles routes, …). 70% des fermiers agricoles en Afrique sont des femmes. Entre les sécheresses et les inondations, il n’y a plus de saisons. Et évidemment pas d’assurance ni d’aide . Cela ne s’arrête pas là. Les villages disparaissent, les revenus aussi. Les femmes se tournent vers la prostitution, les bidonvilles. Pertes de terres, pertes des structures sociales. Et en 2050 150 millions de personnes déplacées à cause des changements climatiques.  L’insécurité totale  attends ces errants sur les routes dont personne ne veut. Derrière l’impact social et économique se cache la discrimination car ce sont les femmes qui sont le plus durement touchées. Et les plus pauvres aussi (mais 70% des pauvres sur Terre sont des femmes). Car c’est le style de vie des plus riches qui affecte la qualité de vie des 50 pays les plus pauvres.  C’est cela aussi l’injustice.

La justice climatique demande que les pollueurs payent, que les pays pauvres aient la capacité d’agir, qu’il faut partager les tâches et les responsabilités, qu’il faut assurer la transparance et la participation, et remplir des promesses contraignantes. On parle donc non pas seulement de droits économiques et sociaux, mais de liberté d’expression, liberté d’association, d’accès à l’information et d’équité. Le marché ne connait pas ses mots-là. Les humains, oui.

Et pour que les droits humains et l’environnement bataillent ensemble, pour que l’image de l’ours polaire à la dérive  soit complète il faudra ajouter une paysanne autochtone sur le sable.

Journée internationale des droits humains et guignolée? oops

Posted in Uncategorized by béatrice vaugrante on 4 décembre 2009

Ça ne marche pas.

La guignolée des médias se tient cette année la même journée que la journée internationale des droits de l’homme le 10 décembre.  On ne peut pas année après année continuer à faire l’autruche et penser souhaiter fort fort que les guignolées vont nous permettre de mettre un peu de notre obole au soulagement de la misère une fois par année. Quelle incongruité que cela tombe la journée des droits de l ‘homme  : ils sont tellement occultés dans les messages de guignolée. Je n’ai rien contre les solutions d’urgence qui permettent effectivement à quelques familles d’améliorer temporairement un confort matériel. J’en ai contre ces solutions d’urgence qui ne sont que les solutions qu’on nous présente, nous permettant surtout de ne pas remettre en cause les raisons intrinsèques qui aggravent et génèrent la pauvreté. Quel manque de dignité envers les exclus et quel manque de responsabilité  de nos sociétés de permettre que structurellement à l’année longue, ces mêmes milliers de familles en arrachent en silence pour leur nourriture, leur toit, leur santé, l’école…et leur liberté d’expression car avez-vous remarqué, on ne les entends pas. Enfin on ne les écoute pas.

La pauvreté est la conséquence de violations de droits humains : nos gouvernements ont la responsabilité de garantir le droit au logement, à la nourriture, à l’éducation, à la santé, à des conditions de travail décentes… Non ce n’est pas le miracle de la croissance qui va régler ces problèmes car cela a été démontré, la croissance rend les riches plus riches et les pauvres plus pauvres. Les personnes pauvres payent en plus pour les crises économiques aussi. Enfin la croissance ne règle pas le manque d’information, la discrimination (70% des personnes pauvres sont des femmes), l’insécurité, la répression – ceux qui manifestaient contre la hausse du prix du blé s’en souviennent et même ceux qui dorment dans les parcs ou dans les futures villes olympiques.

Aucune grande bataille gagnée contre l’apartheid, les dictatures, contre la discrimination des femmes, des Noirs…se s’est faite sans une référence fondamentale aux droits. Ce devra être pareil pour lutter contre la pauvreté : il faut reconnaître et surtout rendre accessibles ces droits économiques et sociaux dans nos politiques publiques et lutter pour que les personnes pauvres aient les moyens de se battre pour leurs droits, donc leur permettre la liberté d’expression et l’égalité. Il faut plus que la charité pour lutter contre la pauvreté, il faut la justice.

Béatrice Vaugrante

Irene Khan et Maher Arar

Posted in Uncategorized by béatrice vaugrante on 5 novembre 2009

irene-khan-200-square_0Irene Khan, la secrétaire générale du Mouvement, était de passage à l’Université d’Ottawa le 3 novembre. Elle donnait une conférence publique dans le cadre du lancement de son livre The unheard truth, qui sera disponible en français au printemps. Brillante présentation.

J’ai joint Amnistie à cause de son engagement pour l’ensemble des droits humains. La mission comprend désormais de défendre le principe d’interdépendance des droits et nous mettrons autant d’énergie à défendre les droits économiques et sociaux que civils et politiques. Ils sont garants de la dignité humaine. Quel chemin parcouru depuis 2001 où la nouvelles mission a été adoptée. Nous voilà en pleine campagne pour militer sur la santé maternelle, les bidonvilles, la responsabilité des entreprises, …Ce livre m’aide à préciser mon discours auprès de publics qui ne voient pas tous les jours les droits humains dans leur café.

- le droit à un logement, à l’éducation, aux conditions de travail décentes sont des droits tout autant que le droit à la libre expression et à l’égalité ; c’est le droit international qui le dit et le Canada a signé la convention internationale. La déclaration universelle des droits de l’homme d’ailleurs mentionne tous ces droits. En 1948 les États-Unis se souvenaient assez bien des effets dévastateurs de la crise de 29 pour ne pas rechigner à inclure les droits économiques et sociaux dans le texte.

- l’économie ne règle pas tout : les inégalités et la discrimination, le manque de pouvoir et d’expression des personnes exclues, l’insécurité dans lesquelles elles vivent. Car les riches n’ont pas besoin des droits économiques et sociaux.Mais pour les pauvres, le droit à l’égalité est tout aussi à développer que les droits économiques et sociaux.

- la justiciabilité des droits ne règle pas tout : rendre ces droits justiciables sert d’ailleurs plus les classes moyennes que les pauvres. Les droits doivent en fait donner des moyens d’action aux personnes pauvres. On parle d' »empowerement » avant de parler d' »enrichment ». Les droits ne se règlent pas uniquement en cours de justice, mais ils doivent exister dans les pratiques et les politiques.

- les grands gains se sont fait sur la base des droits : le colonialisme, l’émancipation des femmes, la fin de l’apartheid, l’abolition de l’esclavage, le mouvement civique des Noirs, …La lutte à la pauvreté, grave crise des droits humains touchant des milliards de personnes, ne peut se faire que sur la base des droits.

- Amnistie avec sa campagne Exigeons la dignité ne propose pas une autre stratégie, mais invite fortement toutes les autres stratégies – à commencer par les objectifs du Millénaire – à inclure les droits humains. Incontournable.

Ai-je mentionné Maher Arar dans le titre? oui je l’ai rencontré à cette conférence. On a  fait le point sur les éternelles tergiversasions de ce gouvernement pour ne pas mettre en place les recommandations de la commission O’Connor. Toujours pas de mécanisme de surveillance, toujours pas de directives claires sur les agissements des agents de la GRC, SCRS, etc…quand il s’agit de faire du renseignement au détriment du respect des droits humains. Et il me dit que tous les jours c’est difficile car la discrémination se vit tous les jours. Chaque jour.

Droits humains : le leadership du Canada…ou des Canadiens?

Posted in Uncategorized by béatrice vaugrante on 30 octobre 2009

Manifestation DarfourJe reviens d’entendre l’excellente présentation de Kenneth Roth de Human Rights Watch sur le manque de leadership du Canada en matière de droits humains. On aurait aimé que le public du Corim soit aussi nombreux à l’écouter que pour Georges Bush, mais faut croire que les droits humains n’attirent pas foule. C’est là mon point. Avec justesse, M. Roth a nommé bon nombre de dossiers où le Canada s’est détourné de son engagement traditionnel envers les droits humains : Omar Khadr, Israël, Colombie, convention sur les bombes à sous-munitions, … Nous le disons nous-mêmes dans nos rapports : où est le Canada? la planète a besoin que ce pays indépendant re-prenne  tout son leadership  sur la scène internationale car il n’y en pas beaucoup d’autres avec ce profil.

Mais si le Canada est peu présent, est-ce aussi parce que les Canadiens sont peu actifs à défendre cette réputation? Le discours sécuritaire a gelé notre entrain traditionnel à défendre les droits. Et est-ce étonnant que même parmi le petit public d’avertis qui a assité à cette conférence, peu de questions sur le leadership du Canada? En fait ce qui est cocasse, c’est que ce soit une représentante du ministère des Affaires étrangères qui rappelle que le Canada est une démocratie et c’est donc à ses citoyens de faire valoir leurs préoccupations. Mais entre « guerre au terrorisme » et « crise économique » , pas facille de pousser du coude pour dire que « hé, ho, et les droits humains alors, vous y pensez? ».

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

%d blogueurs aiment cette page :