le blogue de Béatrice Vaugrante

La paysanne et l’ours

Posted in Uncategorized by béatrice vaugrante on 11 janvier 2010

Je viens de commenter un excellent article qui comme je les aime ne peut que donner lieu à débats et réflexions. J’émets moi aussi des limites sur les luttes environnementales qui au niveau du grand public ont tendance à se cantonner sur les solutions individuelles et matérielles en omettant de batailler pour des politiques et des pratiques qui mettent fin aux graves conséquences sociales dues au gaspillage des ressources. Dans le même esprit que mon artice précédent sur les guignolées, cela donne bonne conscience, est certainement nécessaire à court terme mais ne change rien à la source des problèmes et permet même surtout de ne pas trop se poser de questions sur les responsables, et les solutions collectives à long terme, qui certainement remettraient bien trop de choses en cause.

Les impacts des changements climatiques sur les droits économiques et sociaux de millions de personnes sont énormes. Je m’inspire d’une conférence donnée par Mary Robinson de Realizing rights à laquelle j’ai assisté en novembre à Copenhague. Impact sur l’eau , la production de nourriture, la santé, les infrastructures (écoles routes, …). 70% des fermiers agricoles en Afrique sont des femmes. Entre les sécheresses et les inondations, il n’y a plus de saisons. Et évidemment pas d’assurance ni d’aide . Cela ne s’arrête pas là. Les villages disparaissent, les revenus aussi. Les femmes se tournent vers la prostitution, les bidonvilles. Pertes de terres, pertes des structures sociales. Et en 2050 150 millions de personnes déplacées à cause des changements climatiques.  L’insécurité totale  attends ces errants sur les routes dont personne ne veut. Derrière l’impact social et économique se cache la discrimination car ce sont les femmes qui sont le plus durement touchées. Et les plus pauvres aussi (mais 70% des pauvres sur Terre sont des femmes). Car c’est le style de vie des plus riches qui affecte la qualité de vie des 50 pays les plus pauvres.  C’est cela aussi l’injustice.

La justice climatique demande que les pollueurs payent, que les pays pauvres aient la capacité d’agir, qu’il faut partager les tâches et les responsabilités, qu’il faut assurer la transparance et la participation, et remplir des promesses contraignantes. On parle donc non pas seulement de droits économiques et sociaux, mais de liberté d’expression, liberté d’association, d’accès à l’information et d’équité. Le marché ne connait pas ses mots-là. Les humains, oui.

Et pour que les droits humains et l’environnement bataillent ensemble, pour que l’image de l’ours polaire à la dérive  soit complète il faudra ajouter une paysanne autochtone sur le sable.

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

%d blogueurs aiment cette page :